Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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L‘industrie étranglée par les charges - Implication des charges

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2 - Implication des charges

SIMULATION D’UNE BAISSE DES CHARGES

Cette évolution n’était pas fatale. Un modèle de croissance 1 a été ajusté sur les réalisations de la période 1992 – 2014. Il a permis de simuler ce qu’auraient été les vingt dernières années si les charges étaient revenues progressivement à leur niveau de 1974.

HAUTS ET BAS SALAIRES

Avec un taux moyen de charges sociales de l’ordre de 41 % du coût salarial, la politique des bas salaires actuelle fait bénéficier les activités du bas de l’échelle de taux faibles, d’environ 20 %.

 

Valeurs de 2014

SMIC brut

9.51 euros / heure

SMIC net

7.42 euros / heure

Taux de charges

22 %

Le tout est compensé par des taux très élevés, voisins de 50 %, pour les plus hautes productivités. Ce qui a deux inconvénients majeurs.

D’une part, le cash flow généré par les hautes productivités, au lieu d’alimenter l’investissement, est consommé par la protection sociale; c’est au détriment de la croissance.

D’autre part, la politique des bas salaires a établi une large bande d’emplois (jusque vers 2.5 SMIC ?) dont la rémunération est indépendante de la productivité. Voilà qui ne pousse pas au progrès. De même la motivation est absente du côté des hauts salaires, qui sont grevés de lourdes charges.

L’objectif à terme devrait être d’établir une juste proportion entre le salaire direct, celui qui est ressenti, la dernière ligne de la feuille de paie, et la productivité de chacun. Ce qui suppose un taux de charge unique.

Un premier pas serait de réduire le taux de charge moyen jusque vers 30 % du coût salarial (graphique 2). Avec un SMIC toujours taxé à 22 %, les hauts salaires n’auraient plus à supporter qu’un taux d’environ 40 %. C’est l’hypothèse retenue pour la présente simulation.

EFFET DU TAUX DE CHARGE

L’histoire de l’industrie Le déclin de l’emploi industriel in : lesconditionsdelacroissance.fr a montré qu’elle constituait un système complexe de grandeurs en relations réciproques. Le taux de charges sociales y joue un rôle-clé. Autour de lui, gravite un noyau de six grandeurs essentielles. La réduction des charges aurait été bénéfique pour quatre d’entre elles: la valeur ajoutée, l’emploi, l’EBE et l’investissement. Le salaire et la productivité, orientés à la baisse, seront envisagés plus loin. Les graphiques qui suivent sont complétés par le tableau en annexe 1 qui détaille l’année 2014, terme de la simulation.

VALEUR AJOUTEE

Grâce à la réduction des charges, la valeur ajoutée aurait renoué avec une croissance confortable, analogue à celle des Trente Glorieuses; elle aurait résisté à la crise de 2008.

Croissance moyenne de la valeur ajoutée % / an

1992 - 2007

2008 – 2014 crise

historique

2.3

-0.7

simulation

4.0

2.4

EMPLOI

L’emploi est mieux représenté par le nombre total d’heures de travail que par les effectifs employés. Avec la réduction des charges, il aurait bénéficié à la fois des progrès de la valeur ajoutée et de la baisse de la productivité; l’emploi, au lieu de péricliter, se serait développé.

CASH FLOW ET INVESTISSEMENT

Le cash flow, l’EBE, aurait bénéficié directement de la réduction des charges, mais aussi de la croissance de la valeur ajoutée qu’elle aurait provoquée.

 

L’investissement a évolué historiquement dans une fourchette de 75 à 95 % de l’EBE, sans tendance nette ; la simulation a maintenu les valeurs constatées pour le ratio, considérant qu’elles exprimaient la conjoncture générale du moment, mais qu’elles n’étaient pas affectées par la politique salariale.

Dans ces conditions, la réduction des charges aurait conduit à plus d’investissement et plus de croissance.

SALAIRE ET PRODUCTIVITE

La baisse des charges aurait réduit, évidemment, le coût salarial. L’EBE, ainsi amélioré, se serait contenté de productivités plus faibles, à due proportion.

AUTRES EFFETS

La réduction des charges aurait conduit à une meilleure utilisation du capital productif. Sa durée de vie se serait accrue de près de deux ans (annexe1). La rentabilité du capital aurait été légèrement réduite de 8.8 % / an à 8.1%.

La masse des charges sociales aurait été augmentée, la baisse du taux étant plus que compensée par l’accroissement de l’emploi. L’équilibre des comptes sociaux aurait été amélioré, d’autant plus que la croissance aurait diminué les besoins du chômage, de la retraite et de l’assistance.

MOTIVATION – SALAIRES ET PRODUCTIVITES

Au-delà des caractéristiques moyennes, il est intéressant de voir comment auraient réagi haut et bas de gamme.

Fourchette des productivités en 2014 Le bas de gamme correspond aux salariés payés au SMIC. Le haut de gamme est schématique.

Euros 2010 / heure

Mini Bas de gamme

Moyennes

Maxi Haut de gamme

historique

10

60

110

simulation

10

50

90

Historiquement les productivités allaient d’environ 10 euros / heure pour les plus basses d’entre elles à environ 110 pour les plus performantes. La baisse des charges aurait réduit cette fourchette. Les productivités les plus faibles, proches du SMIC, n’auraient pas été modifiées. L’essentiel des emplois développés par la réduction des charges aurait porté sur les productivités du milieu de la gamme, entre 10 et 90 euros / heure. Les productivités supérieures, devenues inutiles, auraient disparu.

Les tableaux de l’annexe 2 détaillent les salaires et charges correspondants.

Fourchette des salaires directs

Euros 2010 / heure

Mini

Moyennes

Maxi

historique

7.4

21.0

34.5

simulation

7.4

21.6

35.8

La baisse des charges n’aurait eu que peu d’effet sur le salaire direct, mais elle aurait modifié le ratio entre le salaire direct et la productivité.

Ratios salaire direct sur productivité

Bas de gamme

Moyennes

Haut de gamme

historique

74 %

35 %

31 %

simulation

74 %

43 %

40 %

L’amélioration du ratio est le signe d’une meilleure motivation, spécialement dans le haut de gamme.

Il n’est pas justifié d’annuler les charges sur les bas salaires, comme certains le proposent; cela ne ferait qu’accroître les démotivations, en créant une vaste catégorie d’assistés publics irresponsables. Autant nationaliser l’emploi !



Mise à jour le Vendredi, 21 Avril 2017 18:05