Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Le déclin de l’emploi industriel - Données sur la croissance

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2 - Données sur la croissance

Ce dossier exploite les données disponibles en septembre 2015 dans les Comptes Nationaux de l'INSEE, pour l'ensemble des branches industrielles y compris les industries extractives ( A5-BE).

Les données détaillées sont complètes pour la période 1978 - 2014 (annexe 1) :

                à prix courants : composantes de la valeur ajoutée

                à prix de 2010 :  valeur ajoutée, capital productif et investissement

Seuls sont suivis les emplois salariés ; les emplois non salariés, devenus marginaux, sont pris en compte par le revenu mixte brut (rmb).

Les définitions et notations figurent en Annexe 2.

Ce chapitre procède au dépouillement des données sans utiliser le modèle de croissance qui n'interviendra qu'à partir du chapitre 3.

Le graphique reprend les données commentées dans le tableau 1.

De 1945 à 1975, la masse salariale a pris une part croissante de la valeur ajoutée, au détriment des revenus du capital; la situation s'est ensuite lentement normalisée, au profit de l'excédent brut d’exploitation (ebe) ; après la crise des années 78-85, il a connu un palier de l'ordre de 35 % de la valeur ajoutée; il a décroché à nouveau à partir de 2008.

On note l'amenuisement du rmb ( déclin des emplois non-salariés) et la place de plus en plus grande des impôts sur la production.

Les charges sociales occupent une part croissante: 11 % en 1949, 23 % en 1975, 25 % aujourd'hui.

Les salaires directs qui avaient vu leur place grandir jusqu'en 1975 n'occupent plus qu'environ 35 % depuis 1985. Difficile dans ces conditions de motiver à la productivité !



Rapportées à la masse salariale, les cotisations sociales passent de 23 % en 1949 à 41 % aujourd’hui, après un pic à près de 45 % ; le distingo des charges dites « employeur » et «  ménages » est évidemment factice; c'est le total qui compte. Il y a un monde entre le coût salarial complet que paie l’entreprise et la dernière ligne de la feuille de paie, la bottom line, que touche le salarié.



Sur le graphique 6, Il s’agit de l’ensemble des cotisations sociales et des impôts sur la production (nets des subventions). Les prélèvements publics sont allés en croissant jusqu’en 1996. Après une détente, ils ont repris leur progression. Tout ceci sans tenir compte des prélèvements sur les revenus : IRPP, ISF, TVA, etc…



La croissance du capital productif ralentit entre 1978 et 2014 ; elle est passée de plus de 3 à moins de 1 % / an. C’est un phénomène de fond, qui n’a rien à voir avec les crises. L’explication est dans la stagnation de l’investissement et la montée du déclassement.



L’investissement maintient sa contribution autour d'un palier de 8 % , avec une tendance à la baisse.
L’effet du déclassement a été en hausse régulière jusqu'en 2005; il se rapproche progressivement de celui de l'investissement. Ces déclassements croissants correspondent à une réduction des durées de vie des investissements ( cf  graphique 9).

La durée de vie s’est réduite d’un an entre 1992 et 2014.

Le rendement du capital rapporte le capital à la valeur ajoutée ; il présente une tendance modérée à la baisse ( la productivité a un coût, cf graphique 31). On note la hausse sans lendemain de 2000 à 2007.

La définition du rendement du capital (rm = VA / C) a pour conséquence une relation entre les vitesses de croissance :

cr rm = cr VA – cr C  (c’est une évidence numérique)

La croissance du rendement du capital productif mesure l’effet sur la valeur ajoutée de tous les facteurs autres que ceux qui agissent sur le capital productif.

Effet des autres facteurs

Négatif : Erosion

Positif : Progrès

Usure, vétusté
Pression concurrentielle
Erosion des prix
Dépense publique
Protectionnisme

Recherche-développement
Produits nouveaux
Procédés nouveaux
Nouvelles organisations
Ouverture des marchés

Le graphique 11 montre que l’érosion l’a emporté durant les deux crises. La période intermédiaire était neutre, ni érosion, ni progrès.

 

Analyse de la croissance de la valeur ajoutée

Le graphique 12 montre que la croissance de la valeur ajoutée a connu un palier supérieur à 2 % /an entre les deux crises.

La croissance de la valeur ajoutée dépend de trois composantes:

  • l'investissement nouveau, qui entre dans le capital  productif
  • le déclassement en fin de vie qui le sort de l'actif
  • les autres facteurs, ensemble indifférencié d'influences diverses

Le tableau résume les différents effets.

   

1979-1985

1986-2007

2008-2014

1979-2014

Contribution de l’investissement

In / c

8.1 %

8.2 %

7.8 %

8.1 %

Contribution du déclassement

dc /c

-5.3 %

-6.1 %

-6.8 %

-6.1 %

Croissance du capital productif

cr  c

2.8 %

2.1 %

1.0 %

2.0  %

Effet des autres facteurs

cr rm

-1.9 %

0.2 %

-1.6 %

-0.6 %

Croissance de la valeur ajoutée

cr va

0.9 %

2.3 %

-0.7 %

1.4 %

Pendant la crise 1978  - 1985, la croissance rapide du capital productif (graphique 7 ) avait compensé en partie  l’érosion ; ce n’est pas le cas dans la crise actuelle.

En rapportant l’excédent brut d’exploitation au capital fixe brut, on mesure la rentabilité moyenne brute de l’ensemble des capitaux productifs. Les deux crises sont marquées par une chute de la rentabilité. A l’opposé, la période 2000-2007 a connu une rentabilité élevée.

La fraction de l’excédent brut d’exploitation qui est consacrée à l’investissement varie en moyenne sur la longue période, autour de 85 %.

 

EMPLOI ET PRODUCTIVITE


L'emploi baisse depuis 1974 ; les non-salariés sont devenus marginaux dans cette branche


La réduction du temps de travail (RTT) a commencé vers 1965.

Compte tenu des évolutions des effectifs employés et de la durée du travail, c'est au niveau horaire, qu'il faut suivre la productivité.

Le tableau présente en trois phases l'histoire de la productivité pendant les soixante dernières années.

Taux de croissance moyens annuels

 

              Temps de travail annuel

 
 

Emploi total (*)

salariés

non salariés

ensemble (*)

Heures travaillées (*)

Valeur ajoutée

Productivité horaire (*)

1949-1974

0,5%

-0,3%

-0,2%

-0,4%

0,1%

6,0%

5,9%

1974-2007

-1,4%

-0,5%

-0,4%

-0,5%

-2,0%

2,0%

3,9%

2007-2014

-1,8%

-0,3%

-0,5%

-0,3%

-2,1%

-0,7%

1,4%

 

 

 

 

 

 

 

 

1949-2014

-0,7%

-0,4%

-0,3%

-0,5%

-1,2%

3,2%

4,4%

 (*) salariés et non salariés

Pendant les Trente Glorieuses (1949-1974), les effectifs employés augmentaient, la durée du travail commençait à baisser, la valeur ajoutée croissait rapidement, la productivité progressait au rythme  de près de 6 % / an.
Les trente années suivantes, marquées par une croissance de la valeur ajoutée bien plus faible, ont vu se réduire les effectifs et la durée du travail, ce qui a assuré le progrès de la productivité à environ 4 % / an.

Depuis la crise de 2008, la valeur ajoutée est en régression ; bien que  la chute de l’emploi ait été sévère et se soit accompagnée d’une nouvelle baisse de la durée du travail,, les progrès de la productivité se sont amenuisés à environ 1.5 % / an.  Ce point est à rapprocher de la baisse de la rentabilité (graphique13).

Toutes périodes confondues, le graphique montre comment l'emploi ( les heures travaillées) est en moyenne sous la dépendance de la valeur ajoutée la corrélation est hautement significative..
L'emploi grandit moins vite que la valeur ajoutée, mais cet effet de productivité n'est pas homogène.
Il faut que la croissance de la valeur ajoutée dépasse 5 % / an pour créer des emplois.
Sans croissance de la valeur ajoutée, les heures s'érodent de 2 % / an.
Un point de croissance de la valeur ajoutée en plus apporte  un demi - point de croissance de l’emploi.
 En cas de régression de l'activité (croissance de la valeur ajoutée négative), l'adaptation de l'emploi se fait 1 pour 1 : réflexe de survie.
En d'autres termes, l'emploi n'est pas un facteur de production, comme le voudraient les formules à la Cobb-Douglass-Solow cf "Croissance et progrès technique, histoire d'une erreur ordinaire." JP Givry, Sociétal 2007, disponible sur ce site.. C'est l'inverse: l'emploi dépend de l'activité, dans le respect de la productivité. Conclusion fondamentale.
L'emploi n'est pas une cause, mais un résultat; il couronne une politique économique correcte.

Conclusion sur le dépouillement classique des données

Pour accroître à la fois l’emploi et la productivité, il faut retrouver le chemin d’une forte croissance de la valeur ajoutée ; celle-ci a trois composantes :

L’une regroupe un ensemble indifférencié de facteurs divers ; ceux-ci se soldent suivant les moments, soit par de l’érosion (crises de 1978 et de 2008), soit par des progrès ; les effets d’érosion-progrès sont autant de données de fait  qui échappent à l’action ; ce sont des phénomènes généraux liés à la conjoncture et aux crises.

 Les deux autres composantes ont trait à l’évolution du capital productif ; globalement le capital productif a vu sa progression ralentir d’année en année. La contribution de l’investissement a été quasi stationnaire ; par contre, et c’est dramatique pour l’industrie française, le déclassement se produit de plus en plus tôt. L’âge atteint par les investissements en fin de vie était de 14 ans et demi en 1992 ; il n’était plus que 13 ans et demi en 2014. Le capital productif, support de la valeur ajoutée, qui grandissait de plus de 3 % / an en 1978 ne croissait plus que de 1 % / an en 2014.

Quelles sont les causes du déclassement ?  Pourquoi augmente-t-il ? Pour répondre à ces questions, il convient d’utiliser un modèle.



Mise à jour le Lundi, 25 Juillet 2016 16:11