Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Le déclin de l’emploi industriel - Introduction

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Le déclin de l’emploi industriel
Jean-Pierre Givry

Le sort de l’industrie française depuis 1975 tourne au désastre national : deux millions et demi d’emplois ont été perdus. L’industrie ne se remet pas de la crise qui sévit depuis 2008.
L’examen des données économiques détaillées met en évidence le taux très élevé des charges sociales pratiquées à partir de 1980. Des cash flows médiocres ont freiné les investissements, tandis que des déclassements de plus en plus précoces réduisaient la durée de vie du capital productif. Tout cela a pesé sur l’activité.
Un modèle de croissance original le confirme. Il montre comment la productivité est poussée en avant par le progrès technique et la hausse du coût salarial. Le modèle permet de simuler l’évolution qu’aurait connue l’industrie pendant les vingt dernières années avec des charges sociales plus légères. Les conséquences auraient été spectaculaires, tant sur la valeur ajoutée  que sur l’emploi.
L’étude conclut en faveur d’un taux de charges sociales réduit et uniforme. De leur côté, les firmes rétabliraient des motivations aujourd’hui compromises en proportionnant les salaires directs aux productivités de chacun.

1 - Introduction

Cette étude a pour objet de cerner les causes du déclin que subit depuis quarante ans l’emploi dans l’industrie en France. Un examen économique d’ensemble passe en revue, valeurs ajoutées, salaires, charges sociales, excédents bruts d’exploitation, investissements, capital productif,  rentabilité. L’objectif est de dégager les relations existant entre elles. Quels sont les degrés de liberté ? Sur quoi aurait-on pu agir ? Que faire maintenant ?

Deux graphiques portant sur les dernières années posent le problème.

Le volume de la production industrielle (graphique 1) accuse depuis 2007 un recul de 20 % et il ne connait pas de reprise appréciable.

La balance commerciale (graphique 2) s’enfonce dans le déficit. Le cas de l’automobile est typique, son bas de gamme fuit vers les pays émergents.

La faiblesse de l’industrie française vient de plus loin que la crise actuelle ; elle date des années 75-85 et procède d’une longue anémie, comme le montre le tableau où figurent les principales étapes des cinquante dernières années.

 

1949

1974

1985

2007

2014

 

Personnes employées

4786

5465

4527

3404

3002

Salariés et non-salariés, milliers

Durée du travail

2039

1827

1634

1527

1498

Salariés et non-salariés, heures par an

Heures travaillées

9.76

9.98

7.68

5.20

4.50

Salariés et non-salariés, milliards d’heures par an

Valeur ajoutée

30.6

138.5

161.4

264.1

251.5

Milliards d’euros de 2010

 
Entre 1949 et 1974, l’industrie, ayant augmenté massivement sa valeur ajoutée et réduit la durée du travail autant qu’elle accroissait ses effectifs Les effectifs non-salariés (entreprises individuelles) étaient de 1.4 millions en 1949, 0.7 en 1974 ; les emplois salariés avaient augmenté d’un million de personnes., avait joué à fond le jeu de la productivité horaire : plus 6 % / an.

Les choses se sont gâtées en 1975 où la croissance s’est brisée sur une première crise qui a duré jusqu’en 1985 ; la productivité horaire ne progresse que faiblement ( 1.4 % /an).

De 1985 à 2007, la valeur ajoutée augmente à un meilleur rythme, 2.2 % / an. Il est cependant insuffisant pour stabiliser l’emploi, les effectifs diminuent de 25 % et la durée du travail de 7 %. La productivité maintient son rythme.

La crise de 2008 plonge l’industrie en plein marasme : la valeur ajoutée est réduite de 5 % entre 2007 et 2014, les effectifs sont réduits d’encore 12 %, la RTT ampute le temps de travail de 2 %. La productivité horaire se contente d’un médiocre progrès de 1.9 % / an.

Au  total l’industrie a perdu 2.5 millions d’emplois depuis 1974, dont 400.000 après 2007. Les heures travaillées ont baissé de 55 % entre 1974 et 2014. C’est un désastre national.

Cette étude consacre un premier chapitre aux données détaillées sur la croissance. Un deuxième chapitre interprète les données à la lumière d’un modèle de croissance original.  Le dernier chapitre utilise le modèle pour simuler l’effet d’une politique de réduction des charges sociales.



Mise à jour le Lundi, 25 Juillet 2016 16:11