Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Trente pays et leurs gestions publiques dans la crise - TRENTE PAYS ET LEURS PARTICULARITÉS

Envoyer

TRENTE PAYS ET LEURS PARTICULARITÉS

Ce chapitre explore les caractéristiques individuelles des pays. Trois périodes sont distinguées : 1997 - 2007 ; 2008 - 2009 ; 2010 - 2011. Chaque pays intervient avec la moyenne de ses caractéristiques de la période.
Toutes ces grandeurs sont très dispersées ; les graphiques qui vont suivre le prouvent.
L’analyse statistique a été mise à contribution pour dégager les relations fondamentales que recouvraient des nuages de points rarement assez aplatis pour qu’en découlent des leçons évidentes. Les droites de régression ont été tracées et leur validité testée cf annexe méthodologique.

 

Emploi et productivité

L’investigation a été limitée à la masse des heures travaillées. L’emploi et la durée du travail sont évidemment très importants par eux-mêmes. Pour l’économiste, ce qui compte, ce sont les heures de travail, car elles sont les supports de la productivité horaire et celle-ci est à la base de la compétitivité et de la rentabilité.

alt

Le graphique distingue les trois périodes:
bleu: 1997 - 2007
rouge : 2008 - 2009
vert: 2010 - 2011

 

Le graphique montre une relation très forte entre la croissance du pib et celle des heures travaillées (deux curiosités, en 2008 - 2009, le Luxembourg et l’Irlande). La croissance du pib a bénéficié pour 60 % à la productivité horaire et pour 40 % aux heures travaillées. Cette  relation paraît fondamentale. L’explication est dans un effet d’échelle. Dans les dépenses dont l’ensemble constitue la valeur ajoutée nationale, il y a sans doute plus de dépenses fixes, indépendantes de la croissance, que de dépenses proportionnelles à celle-ci.
Les conditions qu’a connues la croissance en moyenne entre 1997 et 2007 sont des références pour le passé et des objectifs pour l’avenir.


1997 – 2007         % / an

27 pays

France

écart

Croissance du PIB

3.2

2.3

-1.0

Croissance de la masse des heures travaillées

1.1

0.6

-0.5

Croissance de la productivité horaire

2.2

1.7

-0.5

 

La France en était loin, il lui manquait 1 % / an de croissance du pib, elle a réparti l’écart à 50 – 50 entre le travail et la productivité.
Dans tous les cas, l’expérience montre que l’emploi est une conséquence du pib ; ce n’est pas un facteur autonome de celui-ci.

 

Dépense publique et croissance

Dans les trois périodes, les pays qui ont les plus fortes dépenses publiques connaissent les croissances les plus faibles. Avant la crise, l’écart était de 1 point de PIB  pour 10 points de dépense publique en plusce qui confirme l’étude de 2010 (« Dépense publique et croissance »).. En 2008 - 2009 les pays à forte dépense publique ont plus souffert que les autres. Lors de la reprise, les pays à faible dépense publique ont rejoint les croissances normales, tandis que les autres stagnaient près de zéro.

alt

L’effet dépressif de la dépense publique sur la croissance tient à l’enchaînement de deux phénomènes : éviction de l’investissement par la dépense publique alors qu’il est le moteur de la croissance.

 

Dépense publique et investissement

Les pays à forte dépense publique investissent moins que les autres. Il faut sans doute invoquer là le manque de moyens, des besoins moins pressants (leur croissance est plus faible) et aussi une moindre confiance dans l’avenir.

 

alt

 

Investissement et croissance

L’éviction de l’investissement par la dépense publique a un impact direct sur la croissance, car l’investissement en est le moteur.

 

alt

 

C’est sur la durée que se mesure l’effet de l’investissement sur la croissance. Ainsi la période 1997 – 2007 révèle-t-elle que dix points d’investissement en plus apportent un supplément de croissance de 2 % / an. Une fois passé le gros de la crise, la relation est réapparue.

 

Relances

A partir de 2008, le fait majeur est la « relance », c’est à dire la croissance de la dépense publique. Ce phénomène a été quasi universel en 2008 – 2009 ; il fut souvent massif (l’Irlande est allée jusqu’à 10 % / an ! ). Le graphique ci-après montre qu’en 2008 – 2009, au plus fort de la crise, le pays qui augmentait sa dépense publique ne voyait pas son pib augmenter. En 2010 – 2011, un euro dépensé en plus augmentait le pib de 1.1 euro. Il n’y avait aucun effet d’entraînement, l’économie se contentant de constater l’injection qui avait été faite. Par contre l’effet était durable sur la dette, comme nous allons le voir.

alt

En 2008-2009, le multiplicateur est zéro et 1,1 en 2010 - 2011.

 

Les relances de 2008 - 2009 n’ont pas eu d’impact sur les années suivantes. Le graphique ci –dessous montre que les pays qui ont le plus augmenté leur dépense publique en 2008 – 2009 n’en ont tiré aucun avantage en 2010 –2011.

 

alt

 

Dépense publique et déficit

alt

La corrélation est tracée sans les quatre pays scandinaves

 

Les pays scandinaves sont les champions d’une politique de forte dépense publique respectant l’équilibre budgétaire. La Norvège y est aidée par les bénéfices qu’elle tire de ses gisements de la Mer du Nord.
Les autres pays rechignent au contraire à financer la dépense publique par des recettes fiscales équilibrant les comptes. Le graphique 1997 – 2007 ci-dessus montre que, au delà de 35 % du pib, le supplément de dépense n’est couvert qu’à 75 % par les recettes. Le graphique montre en effet que si la dépense publique passe de 35 à 55 % du pib, le déficit lui même passe de 0 à 5 % du pib. Le déficit marginal est donc de 25 %. La recette fiscale ne couvre que 75 % de la dépense supplémentaire.

Avec la crise, la situation s’est durcie (graphique ci-dessous). Le taux de couverture n’est plus que de 65 % en 2010 - 2011.

 

alt

hors pays scandinaves

 

Ce résultat contredit la théorie de la relance avec équilibre budgétaire, réactivée récemment par R. Shiller Relancer l’économie sans aggraver la dette. Roberrt J.Shiller. Project Sydicate. Mars 2013.
Le désir actuel du pouvoir français d’augmenter la taxation pour réduire le déficit va se heurter à une forte résistance, car la France n’a pas les services publics organisés et indiscutés des pays scandinaves.

 

Dette

Les pays qui ont une dépense publique élevée se trouvent ainsi dans une situation financière critique, avec une dette difficile à gérer.
Depuis la crise, la dette a augmenté dans beaucoup de pays. En 2012, dix sept pays sur trente et un dépassaient les 60 % de la règle de Maastricht, certains dans des proportions incroyables.

Ratios dette publique sur pib en 2012

Estonie

8%

Italie

126 %

Luxembourg

18 %

Grèce

161 %

Australie

27 %

Japon

214 %

 

 

 

 

Moyenne 31 pays

74 %

France

90 %

Source : CIA World Data

 

Exportations

La manière dont les pays ont réagi à l’effondrement des échanges commerciaux est révélatrice de leur dynamisme. Le graphique montre que les pays les plus protégés ont moins bien répondu que les autres.


alt

Une relation semblable n’apparaissait pas dans la période (plus calme, il est vrai) , qui précédait 2008.

 

Pays extrêmes

Le tableau ci-dessous permet de comparer les caractéristiques des pays qui ont eu les croissances les plus fortes et les plus faibles.

 

Croissance

Dépense

Solde

Dette

Investissement

Croissance

1997 - 2011

PIB

publique

budgétaire

publique

 

exportations

 

% / an

 % PIB

% PIB

% PIB

% PIB

% / an

Irlande

5,0

39

-3,2

35

23%

7%

Estonie

4,5

37

0,3

3

28%

29%

Corée

4,2

27

2,7

23

29%

nd

 

 

 

 

 

 

 

Moyenne 31 pays

2,6

44

-1,7

48

22%

15%

 

 

 

 

 

 

 

Danemark

1,1

55

1,1

47

20%

10%

Italie

0,8

49

-3,2

102

20%

12%

Japon

0,5

38

-6,2

140

23%

18%

 

 

 

 

 

 

 

France

1,7

54

-3,5

52

19%

10%

 

Sans surprise la France se classe parmi ceux qui ont une forte dépense publique, un déficit et une dette élevés, qui investissent peu, manquent de dynamisme commercial et dont la croissance est médiocre.



Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:25