Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Croissance et progrès technique - Critique de Cobb-Douglas-Solow

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2 - Critique de Cobb-Douglas-Solow

La formule CDS est une "fonction de production", pour qui le capital et l'emploi suffisent à définir le PIB à un instant donné. Il y a une condition à satisfaire, que les deux facteurs soient substituables l'un à l'autre. Le même PIB pourrait être obtenu, par exemple, avec plus d'emploi et moins de capital. C'est faire fi de l'appareil de production existant, avec ses différents équipements. Face à un équipement donné, le capital et l'emploi ne sont pas substituables, mais complémentaires: ils concourent ensemble à la production et ceci dans des proportions données. De son côté l'emploi n'est pas une addition de travailleurs indifférenciés; leurs compétences doivent être en rapport avec les besoins de l'équipement dont ils ont la charge. Ces considérations disqualifient les fonctions de production en général, et donc la plus célèbre d'entre elles, CDS.

Parmi les fonctions de production, CDS jouit de cette propriété que la répartition du PIB entre les revenus du travail et ceux du capital doit obéir à un ratio constant. L'évolution française de 1978 à 2003 montre qu'il n'en est pas ainsi. La part des revenus du travail a baissé de 65 à 57 %.

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La décroissance de la part des revenus du travail n'est pas spécifique à la France. ArtusArtus, Cohen (1998). "Partage de la valeur ajoutée". CAE. La Documentation française, p 67. a montré que sur douze grands pays, neuf sont dans ce cas sur la période 1975-1997.

L'examen du résidu n'est pas sans surprise. Abraham-FroisAbraham-Frois (1995) "Dynamique économique" Dalloz: p 159, p 168. cite les chiffres d'Aukrust pour six pays européens de 1949 à 1959 et ceux de Dubois pour la France de 1896 à 1984. Ils montrent que le résidu représente de 50 à 80 % de la croissance, que celle-ci soit forte ou faible.

cept02

Le résidu s'est beaucoup réduit en France durant les 25 dernières années, alors que la croissance est restée à peu près la même.

Tableau 1

% / an

1978

tendance

Moyennes

1978 - 2002

2002

tendance

Croissance PIB

2.4

2.2

2.0

Croissance emploi

-0.5

0.4

1.2

Croissance capital

3.3

2.7

2.2

Résidu

1.7

1.2

0.8

Le résidu qui intervenait pour les deux tiers de la croissance au début de la période n'en vaut plus qu'un à la fin. Est-ce à dire que le "progrès technique" a baissé ? En fait la structure de la croissance a changé: plus d'emploi et moins de capital.

Le résidu a donc un côté erratique qui pourrait provenir de l'utilisation d'une formule incomplète. C'est ce que confirme la définition comptable du PIB. Le PIB est en effet la somme des revenus du travail, des revenus du capital et des impôtsTVA et taxes sur la production . Il n'a pas de volume physique et n'existe pas en dehors de sa valeur comptable. Sa croissance dépend évidemment de celles de ses cinq composantes, chacune étant pondérée par son poids dans le PIB.

Tableau 2

France

Moyennes

1978 - 2002

Croissances

%/an

Poids dans le PIB

%

Impact sur la croissance

%/an

Coût salarial

1.3

60

0.8

Emploi

0.4

60

0.2

Rentabilité

0.7

27

0.2

Capital

2.7

27

0.8

Impôts

2.0

13

0.2

PIB

2.2

 

2.2

La formule CDS retient les seuls facteurs de volume, emploi et capital; leurs impacts respectifs sont de 0.2 et 0.8 %; la formule n'explique ainsi que 1 %. Les 1.2 % du résidu correspondent aux trois facteurs négligés, les deux prix (salaire et rentabilité) et l'impôt. Cette évidence comptable résout le "mystère" du résidu. Elle a pour conséquence d'interdire l'extrapolation sans nuance du résidu (qui est pourtant de pratique courante). Elle ne permet pas davantage de choisir librement chacune des cinq composantes, car elles ne sont pas forcément indépendantes. Le graphique 3 le montre dans le cas du salaire et de l'emploi. Où est l'effet, où est la cause ? Nous y reviendrons.

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Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:26