Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Croissance et progrès technique - Les économistes et la croissance

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Croissance et progrès technique - Histoire d'une erreur ordinaire
Article paru dans Sociétal n° 55, janvier 2007

Depuis Solow, la majorité des économistes se satisfait d'une explication simpliste de la croissance. Un facteur mystérieux, le progrès technique, y joue un rôle majeur. En fait, l'analyse comptable l'identifie aux effets de salaire, de rentabilité et d’impôts que néglige la théorie. La modélisation montre que la production et l'emploi sont tous deux régis par les mêmes facteurs: le salaire, l'investissement, la durée du travail, l'impôt. Le progrès technique est à l'œuvre autrement. Il contrecarre en partie l'érosion fatale de la valeur ajoutée et réduit le coût des investissements à performances égales.

1 - Les économistes et la croissance

A croire deux ouvrages collectifs récentsDidier (2003) "Des idées pour la croissance". Economica: soixante dix sept contributions. Ferrandon (2004) "Croissance et innovation" . Cahiers Français 323. La Documentation française: six contributions. , le débat sur les causes de la croissance partage les économistes en deux camps inégaux. La majorité des opinions fait référence au "progrès technique", notion introduite par Solow en 1957 quand il a découvert que l'emploi et le capital n ' "expliquaient" qu'une faible part de la croissance constatée. Rappelons qu'il tentait de vérifier la formule théorique proposée par Cobb et Douglas une vingtaine d'années plus tôt. Solow, gêné par un résidu aussi important entre la théorie et la pratique, l'a baptisé "progrès technique". La notion a connu depuis un large succès, souvent sous la dénomination de productivité globale des facteurs. Les calculs se sont multipliés, sans que le concept en ait été pour autant éclairé. La répétition a valu preuve et l'hypothèse de Solow est devenue pour certains un dogme.
La formulation la plus tranchée est celle de B Ferrandon2." Le progrès technique reste la source majeure de la croissance du PIB. Il en résulte des gains de productivité indispensables à l'accroissement de la production sans ajout de capital ou de travail. Toute l'attention se porte donc sur les liens entre innovation et croissance. Il convient de repenser les politiques de soutien à l'innovation et à la recherche".
Sans doute les économistes n'adhèrent-ils pas tous à une opinion aussi radicale. Certains citent malgré tout l'investissement comme un facteur de croissanceUn quart des contributions à "Des idées pour la croissance". . D'autres doutent : "Les travaux économétriques offrent des résultats mitigés, pour la relation entre R et D et croissance" (S Mage2)." Le résidu est parfois une mesure de notre ignorance" (G Abraham-FroisDictionnaire d'économie (2002) Sirey : p.330 ).
Seule une poignée d'économistes s'affranchit nettement de la théorie du progrès technique.

"L'incapacité à résoudre l'énigme du "facteur résiduel" marque les limites de l'approche macroéconomique; l'évolution de la productivité du travail se façonne à travers les choix microéconomiques" (JP Pollin1)." La productivité s'explique par le capital par personne ou par la compétence et la formation" (M Didier1)." L'offre de travail a cessé d'être considérée comme un facteur de production, pour être traitée comme une variable d'ajustement" (JP Boisivon1). " Les gains de productivité découlant de l'accroissement du capital permettent une élévation des rémunérations, qui conduit progressivement à délaisser les activités les plus intensives en facteur travail" (A Henriot1).

Le propos de cet article est de clarifier le débat. La vision de la croissance initiée par Solow sera soumise à une critique serrée. L'apport des modèles modernes à générations de capital permettra ensuite de présenter une tout autre conception de la croissance.



Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:26