Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Comprendre la croissance - Conclusion

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6 – Conclusion

Les facteurs de la croissance

Cette étude est ciblée sur la croissance de la valeur ajoutée, celle de l'emploi n'en est que la conséquence. Entre ces deux croissances, il faut faire sa place à celle de la productivité, la compétitivité oblige. La formule originale de la croissance proposée par l'auteur a été validée; elle n'exprimait au départ qu'une relation mathématiquement nécessaire entre les grandeurs économiques principales. Tout le long de l'étude, la formule a montré son utilité, tant au plan global qu'au niveau des branches individuelles. Elle a donné une image précise à la destruction créatrice. Sans elle, ce ne serait qu'un concept vague et une référence pieuse à Schumpeter. Nous savons maintenant chiffrer ces termes antinomiques que sont l'investissement et le déclassement. Ils ont révélé un large éventail de facteurs tant positifs que négatifs, d'où une deuxième opposition, entre érosion et progrès cette fois.
Au terme de cette étude, que  peut-on dire des vrais facteurs de la croissance ?

 

Investissement

C'est le facteur positif par excellence: nous avons vu ses effets bénéfiques. Il dépend de la conjoncture et du cash flow, ce qui met en cause la politique salariale..
Les activités lègères offrent des solutions tentantes, car économes en capital et propices à l'emploi; elles sont malheureusement peu durables.
Qui se préoccupe de croissance ne peut pas faire l'impasse sur les raisons qu'ont les entreprises d'investir. Au premier rang, la confiance dans l'avenir et son prélable, des règles fiscales et sociales stables. Une Charte solenelle devrait les garantir sur la longue période. Le temps de la rentabilité n'est pas celui des élections.

 

Déclassement

C'est le grand méconnu. Pourtant, ses effets sont considérables et ils sont allés croissant les trente dernières années. Toutes les branches sont affectées. J'ai proposé une interprétation de nature microéconomique et utilisant le classique triangle de rentabilité.
Il est plausible que les déclassements soient eux aussi influencés par la politique salariale. La répartition de la valeur ajoutée est restée en palier de 1993 à 2008. Cette stabilisation a fait illusion à beaucoup, dont JP Cotis Jean-Philippe Cotis – Partage de la valeur ajoutée, etc…  INSEE - 2009 . Elle n'a pas empêché le déclassement de ronger le capital productif. Il aurait fallu faire plus de place à l'EBE, comme le montre la simulation.

La priorité donnée en France au salaire, sans regarder les conséquences, a sacrifié la croissance. L'égoïsme des insiders ( salariés) a joué contre les outsiders ( jeunes et chômeurs). Jacques Chirac avait tort de dire que la feuille de paie n'était pas l'ennemie de l'emploi. La solution est de réduire le coût salarial, en allégeant les charges sociales, mais toutes les charges. Se limiter aux bas salaires brise la juste proportion entre salaire et productivité et fait fuir les meilleurs.

Facteurs d'érosion et de progrès

De nombreuses autres influences s'exercent sur la croissance ; elles ne sont pas toutes favorables, tant s'en faut.

Tableau 11 – Facteurs de croissance autres que le capital productif

Facteurs négatifs : érosion

Facteurs positifs : progrès

Usure, vétusté
Pression concurrentielle
Erosion des prix
Dépense publique
Protectionnisme

Recherche et développement
Produits nouveaux
Procédés nouveaux
Energies nouvelles
Nouvelles organisations
Ouverture des marchés

 

En général, les effets de ces facteurs ne sont pas individualisables. Seul leur effet global est mesurable. D'une branche à l'autre, la fourchette est considérable, de  – 6 à 7 % /an ; sur l'ensemble des 35 branches, la loi des grands nombres fait son office et on ne ressent qu'une érosion relativement modeste.
Certains facteurs s'imposent aux firmes, telle la contraction des prix dans les branches concurrentielles. De même il y a des facteurs généraux, comme la gestion publique. J'ai montré ailleurs «  Dépense publique et croissance » que la dépense publique pénalisait la croissance. D'autres facteurs sont aux mains des entreprises, comme la R et D sous ses différentes formes ; encore faut-il qu'elle soit rentable. Au total, chaque firme a sa propre combinaison de facteurs et il n'y a pas lieu d'être surpris par la diversité constatée ici au niveau des branches. Que serait-ce à celui des entreprises elles-mêmes ?

 

Retrouver la croissance

Finalement, les choses sont beaucoup plus complexes que ne les imaginait Solow «  Croissance et progrès technique » et son généreux deus ex machina assurant à chacun une croissance uniforme et sans effort. Popularisé sous le nom de «  progrès technique « , il est à la base des formules de prévision à la Cobb-Douglas qui fleurissent partout. Il est temps de sortir de ce simplisme. Boudon Raymond Boudon - Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme – Commentaire  n° 104 – 2003 - 2004 a fustigé ceux qui font passer les idées a priori devant les faits. Ce qui est primordial, c'est la connaissance, c'est à dire l'explication solide des phénomènes.

Si la réalité économique est complexe, elle n'est pas absurde. Comprendre la croissance permet d'en respecter les exigences. Tous les acteurs économiques sont convoqués devant le tribunal de la croissance. Politiques, employés, épargnants, entrepreneurs, c'est par tous leurs actes qu'ils la favorisent ou la pénalisent. Si ce pays  devait connaître à nouveau le plein emploi, ce ne serait qu'après les efforts pertinents, cohérents et persévérants de tous.

 

Révisé en mars 2014



Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:26