Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Comprendre la croissance - Diversité des branches

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4 – Diversité des branches

 Ce chapitre est consacré aux caractéristiques individuelles des trente cinq branches marchandes. D'une branche à l'autre, la palette est très large, et ceci pour toutes les caractéristiques.

Commençons par le coefficient de capital ( K = 1/ R), qui est un discriminant important.

 

Tableau 4

 

K ( ans)

 

Eau, gaz, électricité

11.9

Branches les plus lourdes

Activités récréatives, culturelles et sportives

5.8

 

Ensemble des 35 branches

2.3

 

Bâtiment

0.57

Branches les plus légères

Services personnels et domestiques

0.31

 

 

Le rapport entre les besoins en capital des activités les plus lourdes et les plus légères est de 40.

 

Activités légères et lourdes

Les 35 branches appartiennent à deux types nettement différenciés que révèle le graphique 14 où figurent aussi les productivités.

 

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La majorité des branches, 26 sur 35, a des besoins élevés en capital productif. Les 9 autres opèrent avec très peu de capital ; cela n'empêche ni les unes, ni les autres d'atteindre de hautes productivités.

Les branches légères comportent le bâtiment et les carburants, ainsi que des services : banques, assurances, conseils, réparation automobile, besoins domestiques, etc.
On trouve la même typologie sur le graphique 15. La place des revenus du travail dans la valeur ajoutée ( ratio S / P) ne réagit pas au coefficient de capital de la même façon dans les deux types d'activité.

 

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A la limite ( K = 0), les branches sans capital productif auraient dans les deux catégories 95 % de salaire dans la VA, de quoi payer l'impôt. Dans les branches légères, quand K augmente, les revenus du travail cèdent rapidement la place à ceux du capital.  Le phénomène est bien plus lent dans les branches lourdes. Les pentes du graphique 13 expriment les rentabilités brutes ( avant amortissement, etc …) des seuls capitaux productifs : 6.5 % / an pour les branches lourdes, 32 % / an pour les légères. Mais ces branches sont plus volatiles, comme on va le voir ( tableau 5).

 

Croissance du capital productif

 Le tableau montre comment se bâtit la croissance dans les deux types de branches.

 

Tableau 5

Moyennes  brutes 1979-2008

9 branches légères

26 branches lourdes

Ensemble des 35 branches

Coefficient de capital K               ans

1.0

3.4

2.8

Rendement du capital R        (%/an)

104

29

36

Taux d'investissement TI              %

8.6

20.9

17.8

Contribution de l'investissement
R * TI = IN / C                     (%/an)

8.8

6.3

6.9  

Taux de déclassement TD             %

5.5

14.4

12.1

Contribution du déclassement
R * TD = DE / C                   (%/an)

-4.9

-4.6

-4.7

Croissance du capital productif cr C
                                          (%/an)

3.9

1.7

2.2

                                                                      
Les branches légères dont le taux d'investissement est modeste en obtiennent cependant des  croissances élevées, surtout grâce à l'investissement.
Les branches lourdes ont des performances bien plus modestes à ce stade.

 

Croissance de la valeur ajoutée

Les taux de croissance s'étagent de -6 à +7 % / an, ce qui est d'autant plus remarquable que ces taux ont été tenus en moyenne pendant 30 ans.

 

Tableau 6 – croissance de la valeur ajoutée – branches remarquables

 

Moyennes 1978-2008 ( % / an)

Production de combustibles et carburants

-5.9

Industrie textile

-2.0

Ensemble des 35 branches

1.7

Production des équipements électriques et électroniques

5.8

Postes et télécommunications

7.0

 

Les branches légères souffrent d'une érosion rapide ; elle détruit l'avantage qu'elles tirent de leur capital productif.

 

Tableau 7 – Analyse de la croissance ( % / an)

Moyennes brutes 1979-2008

9 branches légères

26 branches lourdes

Ensemble 35 branches

Capital productif cr C

3.9

1.7

2.2

Rendement du capital productif  cr R

-2.7

0.1

-0.6

Valeur ajoutée cr VA

1.2

1.8

1.7

 

Sur le graphique 14 figurent les caractéristiques des 35 branches. On voit que la palette des glissements cr R est aussi large que celle des taux de croissance de VA. Le phénomène d'érosion / progrès joue donc partout un grand rôle.

 

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On observe aussi que la majorité des branches ( 23 sur 35) était en érosion en moyenne sur les trente années 1978-2008. Ce phénomène pénalisait spécialement les branches légères. Parmi celles-ci ne peuvent atteindre de fortes croissances de VA que celles qui augmentent massivement leur capital productif. Les branches lourdes se contentent de croissances plus modérées du capital productif.
Le score final est bouleversé par l'érosion massive dont souffrent les branches légères. Au total, celles-ci se révèlent plutôt moins porteuses de croissance que les autres.
Dans les activités légères, l'investissement doit compenser l'érosion intense qu'elles subissent. Dans les branches lourdes, il est indispensable pour faire face aux déclassements qui les minent. Dans les deux cas, l'investissement est un facteur essentiel de la croissance.

 

Croissance de l'emploi

Le graphique compare la croissance de l'emploi à celle de la valeur ajoutée.

 

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Dans les activités légères, la croissance de VA est consacrée moitié à l'emploi et moitié à la productivité.
Les activités lourdes accordent en outre un preciput de 1 % / an à la productivité avant d'augmenter l'emploi. Pour créer des emplois, il faut que la valeur ajoutée y croisse d'au moins 2 % / an.
La corrélation ne signifie pas que la croissance de l'emploi est la cause de celle de VA, comme le pensaient Cobb-Douglas et Solow. Rappelons que pour un modèle à générations de capital, tel que celui-ci, l'emploi est une conséquence de la politique suivie, mais pas l'inverse.

 

Salaire et productivité

Branches lourdes et légères ont ici les mêmes comportements. Ce qui justifie le salaire, c'est la productivité, qu'elle vienne du seul savoir faire ou du service de capitaux productifs élevés.

 

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Le salaire grandit avec la productivité, mais sans lui être proportionnel. D'une branche à l'autre, les productivités vont de 1 à 7,5, les salaires de 1 à 3,5. L'élasticité est de 0.7. Les salaires les plus élevés sont distribués par cinq branches légères : assistance, conseils, finances, pharmacie et carburants.

 

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Quand la productivité augmente, les revenus du travail laissent de plus en plus de place dans la valeur ajoutée à ceux du capital. Il s'agit là des revenus bruts des capitaux. Mesurés avant amortissements, frais financiers et impôts sur les bénéfices, ces revenus  rémunèrent le capital productif et les autres capitaux ( terrains, brevets, stocks, etc …).

 

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Aux basses productivités où il n'y a guère de capital productif ( graphique 12) , le salaire laisse près de 10 % de la valeur ajoutée aux revenus des autres capitaux.

 

Croissances des salaires et des productivités

On observe sur le graphique 19  que les deux taux de croissance sont sensiblement identiques.

 

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Ce phénomène affecte toutes les branches qu'elles soient lourdes ou légères.
On note que sept branches sur trente cinq ont subi des baisses de productivité appréciables ; elles n'ont pas hésité à réduire d'autant leurs salaires. Tel est le cas des « combustibles et carburants » et des « services opérationnels ». A l'autre extrémité de la gamme, les progrès de la productivité ont été considérables dans les productions d'équipements électriques et électroniques, ainsi que dans les Postes et Téléphone ; supérieurs à 6 % / an, ils ont été accompagnés d'augmentations de salaires équivalentes.
En moyenne sur la longue période, les branchent tendent donc à maintenir leur ratio S / P. Chacune a une répartition de la valeur ajoutée qui lui est propre. Elle lui permet d'assurer la rentabilité de ses capitaux, et par là sa survie, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle opère, des pires aux meilleures.

 

Investissement et excédent d'exploitation

Suivant leur rendement du capital, les branches ont plus ou moins de facilité à financer leurs investissements.

 

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Les branches légères consacrent en moyenne 30 % de leur EBE à l'investissement, ce ratio s'élève à 85 % pour les branches lourdes. Toutes branches confondues, il est de 70 %.

 

En bref,

La diversité des branches est telle que l'on rencontre, en analysant la croissance, presque toutes les combinaisons possibles des quatre variables ( formule 4) : IN, DE, C, cr R. En outre chacune se présente avec une large palette. C'est impressionnant pour le phénomène de progrès / érosion. Modéré à l'échelle de l'ensemble des branches ( 0.5 % / an), il couvre une ampltitude considérable d'une branche à l'autre ( plus ou moins 6 % / an). Les autres variables ne sont guère de reste. Face à cette complexité, la formule de la croissance fournit la grille de lecture.

Dans le vaste capharnaum des données des branches, on distingue certaines régularités.
Toutes les branches ont en commun de respecter le ratio salaire sur productivité qui leur est propre. Il leur assure l'EBE  nécessaire au financement de leurs investissements.
Les branches répercutent la croissance de la valeur ajoutée à moitié sur l'emploi et à moitié sur la productivité. Les branches lourdes ne le font d'ailleurs qu'au-delà d'un seuil de 2 % / an.
Les branches légères se différencient par une rentabilité élevée du capital productif, une croissance plus forte de l'emploi et des besoins d'investissements modérés. Ces branches ne sont cependant pas la panacée, car elles subissent une érosion rapide de leur valeur ajoutée ; les branches lourdes sont plus pérennes et grandissent plus vite ( il y aura lieu, le moment venu, de voir comment les unes et les autres se sont comportées dans la crise actuelle).



Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:26