Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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Comprendre la croissance - Historique d'ensemble

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3 - Historique d'ensemble Source ; Comptes Nationaux 2009. Toutes les valeurs sont en euros constants, aux prix de 2000.

 Ce chapitre considère comme un tout les branches marchandes.

Le tableau indique les taux de croissance de la valeur ajoutée et de ses composantes.

 

Tableau 1 – Taux de croissance moyens

%/ an
Prix de 2000

1978 – 2008
Moyennes pondérées

Valeur ajoutée

1.9

Capital productif

2.3

Rendement du capital

-0.4

 

Il y a donc en moyenne une légère érosion.

Les graphiques 1 à 3 montrent les évolutions d'année en année.

 
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Les aléas de la conjoncture sont très marqués sur la valeur ajoutée, plus ou moins 3 %. IL n'y a pas de tendance significative durant cette période. Jusqu'en 1985, on était encore dans la crise des années 1975 – 1985. Un certain palier de l'ordre de 2 % / an s'est établi ensuite. Enfin a débuté en 2009 la crise actuelle.

 

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Les aléas conjoncturels de VA se retrouvent dans cr C avec un retard d'un ou deux ans ; c'est la conjoncture qui est la cause et cr C l'effet. Quand la conjoncture est basse, l'existence de surcapacités et le manque de cash flow ralentissent l'investissement. C'est évidemment le contraire quand tout va bien. Entre 1978 et 2009, la tendance était à la baisse.

 

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Jusqu'à 1985, la première crise s'est manifestée par une forte érosion. A partir de 1985 et jusqu'à 2008, le rendement du capital a connu un long palier avec de larges fluctuations conjoncturelles. En 2009, la nouvelle crise a provoqué le retour de l'érosion, d'où la régression massive de la valeur ajoutée.

 

Investissement et déclassement

L'investissement et le déclassement ont connu de sensibles évolutions.

 

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L'investissement suit avec retard les aléas de la conjoncture. La tendance est un progrès modéré.
Le déclassement, peu sensible à la conjoncture, manifeste une destruction de plus en plus rapide des équipements obsolètes. Le taux de déclassement a presque doublé sur la période. Ce deuxième effet l'emporte sur le premier, ce qui explique le ralentissement de la croissance du capital productif vue au graphique 2. Les contributions de l'investissement et du déclassement sont légèrement réduites par la tendance à la baisse du rendement du capital, elles n'en reflètent pas moins les mouvements de ces variables elles-mêmes.

 

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Si le taux de déclassement avait conservé le niveau qu'il connaissait dans les années 1978 - 1984, la croissance du capital productif aurait été progressivement améliorée, car elle aurait bénéficié de la tendance positive de l'investissement. En fin de période, elle aurait été supérieure de plus de 2 % / an ; ces 2 % se seraient intégralement retrouvés dans la croissance de la valeur ajoutée.
En corollaire, la durée de vie des investissements La durée de vie n'est accessible que de 1997 à 2008. Cf annexe  1.  s'est contractée. Le parc s'est modernisé. Cet effet est sans doute favorable à la productivité et à la compétitivité, mais il pénalise l'activité et l'emploi.

 

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Ce constat pose une question : quelle est la cause du déclassement ? J'y reviendrai dans le chapitre 5.

 

Emploi et productivité

La crise des années 80 a provoqué une réduction importante de l'emploi marchand ; cette perte n'a été compensée qu'en fin de période Sans doute sous l'effet de la RTT ( cf « Comprendre la croissance – 2 » ).
Au niveau national, les seuls progrès de l'emploi sont venus des administrations publiques passées de 4.6 millions de personnes en 1978 à 7.1 millions en 2009. Cet alourdissement de la sphère publique a pesé sur la croissance «Dépense publique et croissance» . L'emploi global est resté au dessous des besoins de la démographie, avec tous les inconvénients connus : chômage, stagnation du niveau de vie, etc…

 

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Les aléas de la croissance de l'emploi, + / - 3 % / an, sont calqués sur ceux de la valeur ajoutée ( graphique 1). Le décalage fait sa place à la productivité qui progresse régulièrement, indépendamment de la conjoncture. On le vérifiera sur les graphiques 9 et 11.

 

Tableau 2 – Taux de croissance


% / an

Moyennes pondérées
1978 - 2008

Valeur ajoutée

1.9

Emploi total Salariés et non salariés, emplois équivalents à temps plein.

0.2

Productivité

1.7

 

Salariés et non-salariés

Les emplois marchands sont passés par un minimum vers 1995 ; ils ont progressé fortement ensuite. L'évolution n'est pas la même pour les deux types d'emplois : salariés, c'est-à-dire employés des sociétés et non-salariés employés des entreprises individuelles. Les emplois salariés, d'abord stagnants, ont grandi surtout entre 1995 et 2002. Les emplois non-salariés ont régressé nettement jusqu'en 1995. Au total de 1978 à 2008, l'emploi marchand a progressé de 1.1 million de personnes : 2.5 millions de salariés en plus et 1.4 de non-salariés en moins.

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La régression de l'emploi indépendant et la généralisation du salariat sont évidemment des phénomènes sociaux majeurs. lls ont des conséquences au plan économique, car les performances des deux types d'activité sont très différentes.

 

Salaire et productivité

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Dans les sociétés marchandes les progrès de la productivité ont été importants et soutenus jusqu'en 2000. Un trou d'air est intervenu vers 2001 – 2002 et une croissance ralentie ensuite «  Dépense publique et croissance ».

Le tableau rapproche les taux de croissance des différentes grandeurs.

 

Tableau 3 -  Taux de croissance (% / an) – moyennes pondérées

Sociétés marchandes

1978 - 1983

1984 -1999

2000- 2008

 

1978- 2008

Valeur ajoutée

1.27

2.50

2.17

 

2.20

Emploi salarié

-0.29

0.36

1.38

 

0.57

Productivité

1.56

2.14

0.79

 

1.63

Coût salarial

1.92

1.48

0.91

 

1.38

 

La crise des années 75-83 a vu les salaires continuer sur leur lancée des Trente Glorieuses, alors que la productivité ne le justifiait plus. La répartition de la valeur ajoutée en a été gravement perturbée ( graphique 10 ). On est sorti de cette crise par la maîtrise des salaires ; elle a progressivement stabilisé la part de l'EBE dans la valeur ajoutée. De son côté, l'impôt sur la production a presque doublé entre 1978 et 1997. Il a légèrement reflué ensuite.

 

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Productivité des non-salariés

Pour les entreprises individuelles, la valeur ajoutée se réduit à deux termes, le revenu mixte brut et l'impôt. La performance est très inférieure à celle des salariés ( graphique 11) ; elle a même été plus basse que le coût salarial entre 1980 et 2000 ( graphique 9). Ceci suffirait à explique le déclin de ces activités.

 

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L'évolution de leur productivité est chaotique : deux paliers séparés par une douzaine d'années de croissance rapide. Il y a un mystère du Revenu Mixte Brut. Son évaluation tient-elle compte des phénomènes d'autoconsommation ( agriculteurs, petits commerçants) ?

Quoiqu'il en soit, les chiffres étant ce qu'ils sont, le remplacement d'emplois non-salariés à faible productivité par des emplois salariés plus performants est favorable à la croissance, au moins sur le papier.

 

En bref.

La croissance de la valeur ajoutée, une fois passée la crise des années 1978 – 1985, a connu un long palier un peu supérieur à 2 % / an. Les progrès rapides de l'investissement étaient contrecarrés par déclassements de plus en plus importants. Le chapitre 5 sera consacré au phénomène du déclassement.
L'emploi a  régressé jusque vers 2000 avant de se développer rapidement jusqu'en 2008 « Dépense publique et croissance » . En arrière-plan se déroulait la substitution des emplois indépendants par des emplois salariés. C'est un phénomène important aussi bien au niveau social que par ses implications sur la productivité et les salaires.

 


Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:26