Les conditions de la croissance

par Jean-Pierre Givry

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L’exception francaise

L’exception francaise - L’avenir du système français

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L’avenir du système français

L’échec économique

Les caractéristiques économiques actuelles de la France ne sont pas extrapolables aux années futures. Le sous-emploi, particulièrement celui des jeunes, le coût croissant des retraites, les dépenses de santé d’une population vieillissante, la balance commerciale déséquilibrée, le déficit et la dette publics, il y a là autant d’indicateurs d’un dérapage qui s’accélérera et mènera à un déclin insupportable. L’échec économique est patent. La France peut-elle y remédier par un traitement qui soit purement économique ?

 

Le système français

Les singularités économiques françaises, qui sont fortes, ne sont pas des curiosités indépendantes les unes des autres. Elles sont l’expression d’un système complet, et celui-ci est à la fois économique, politique et social. Il est soumis aux contraintes économiques, qui sont les mêmes pour tous les pays, mais qui ne suffisent pas à le conditionner complètement. Il reste à chacun des degrés de liberté ; ce sont ses choix de société : préférences, valeurs, options, aspirations, vélléités.

Les graphiques précédents sont révélateurs des choix des différents pays :

France : le travail est rare et cher
l’Etat Providence a réponse à tout
le court termisme règne
Allemagne :   les objectifs sont le plein emploi, l’équilibre budgétaire et la compétitivité
USA :   les valeurs sont le travail et la productivité ; l’assistance est réduite au minimum ( chacun est responsable de s’assurer).
Corée :  les priorités sont le travail, l‘équilibre budgétaire et la compétitivité.

 

Vie et mort des systèmes

Tout système est spontanément stable ; il en faut beaucoup pour le remettre en cause. Face à une tentative de réforme, il se réarrange le plus souvent et la neutralise. On ne peut agir sur un système que par ses rares clés ; pour un système économique national, ce sont justement ses valeurs ; il y faut un large consensus. C’est souvent à l’occasion d’une rupture lourde.

Exemples  de ruptures de système

  • la prise de conscience que l’Etat Providence allait dans le mur, car il sacrifiait le long terme, a convaincu l’Australie, le Canada,  la Nouvelle Zélande, la Suède, les Pays Bas, le Royaume Uni Jacques La Rosière Dérives budgétaires et Pacte de Stabilité. Commentaire n° 105
  • les lois Schroeder-Hartz ont fondé la compétitivité allemande
  • l’échec patent : disette, banqueroute, nuit du 4 août 1789
  • la grève des impôts en Californie ( Reagan)
  • le collapsus soviétique de 1989
  • la guerre : 1970, 1940, 1944, 1958
  • le financement extérieur bloqué : Joseph Laniel aux Bermudes
  • la pression européenne pour réduire la dépense publique et la dette, et accroître la compétitivité : Irlande, Portugal, Grèce, Espagne

Si les systèmes nationaux n’aiment pas changer, ils peuvent être obligés de le faire.
Par leur dimension économique, ils sont ouverts sur l’extérieur : import / export, monnaie, taux, financement de la dette. Autant d’opportunités et aussi de limites aux aspirations nationales. La France a sans doute un rendez vous proche avec ses voisins de l’euro et / ou les agences de notation. L’autre occasion du changement est intérieure, quand l’insatisfaction tourne à la révolte.

L’échec du système français

Initié en 1945 par le CNR, l’Etat Providence français a sans doute eu son utilité jusqu’en 1975, pendant la grande modernisation des Trente Glorieuses. Depuis quarante ans, il n’est plus qu’une énorme machine à redistribuer un revenu national que personne ne s’avise de développer. Par électoralisme et démagogie, son objectif est de satisfaire les demandes à court terme de la majorité : un revenu élevé et beaucoup de temps libre.

Les mesures anti-travail se sont multipliées : SMIG, préretraites, retraites à 60 ans, 35 heures, congés, RSA. Ces mesures sont efficaces dans leur genre. Le chômage est endémique, la part de la population occupée et la durée annuelle du travail sont des plus basses, mais tout cela a un coût.
Des prestations sociales élevées alourdissent le taux des charges. Ne les supportent que les entreprises capables des hautes productivités correspondantes Libérer l’industrie. A ce niveau, les compétences ne sont pas légions. En face, les vastes cohortes des assistés ne sont pas motivées par les salaires qu’offrent les boulots, petits et moyens, qui leur sont accessibles; l’assistance et le travail noir leur suffisent.
Paniquant devant la montée du chômage, le système a réagi en multipliant des emplois publics inefficaces et en bricolant une politique des bas salaires. Leurs charges ont été réduites et le SMIG augmenté, brisant le lien salaire / productivité et démotivant le haut comme le bas de l’échelle des rémunérations.
Les charges sociales prélevées sur le travail sont cependant insuffisantes et le déficit des comptes sociaux est supporté par le budget public. Compte tenu de ses propres dépenses, et malgré une fiscalité record, le déficit est permanent.
Ainsi s’est constitué un système compact qui a organisé à la fois la rareté et la cherté du travail.

Injustices

L’éducation nationale ne sait pas doter les jeunes des compétences demandées par le marché du travail. Le système leur refuse l’apprentissage et l’alternance, qui les professionnaliseraient. En outre, par la dette, le système renvoie à terme sur les jeunes la charge de ses déficits actuels. Première injustice.

Les bénéficiaires du système constituent une majorité hétéroclite (à base de retraités précoces, fonctionnaires, politiques, intermittents et immigrés). Ils  écrasent la minorité des stakhanovistes de la production marchande sous les impôts et les charges sociales : la France à deux vitesses. Deuxième injustice.

 A l’erreur économique s’ajoute l’échec moral. Il est sanctionné par l’exil des meilleurs et la fuite des capitaux.

Un changement économique profond est nécessaire. Il ne se réalisera pas sans que les valeurs dominantes de la société française aient été mises en cause. Quelles sont les chances de ce changement-là ?

 

De la difficulté de changer

Les particularités sociétales de la France ne facilitent pas son adaptation au monde actuel :
. la loi est préférée au contrat
. l’activité législative et réglementaire est brouillonne et pléthorique
. le syndicalisme, éclaté, est peu représentatif et irresponsable
. le Bench Marking est refusé au nom de l’exception française
. l’opinion n’est préparée à la fin de l’Etat Providence, ni par les médias, ni par les formations politiques
. l’Europe n’est pas prise comme une chance, mais comme une contrainte
. la récrimination, la grève, l’opposition frontale, le dogmatisme sont préférés à la coopération, au débat, à la négociation et au compromis
. associations et lobbys ont remplacé l’intérêt général, notion désuète
. les immigrés ne sont pas intégrés et donc abandonnés aux communautarismes

L’idéologie dominante véhicule des tabous paralysants :
Anti-capitalisme, lutte des classes
L’écologie n’a pas de prix
Anti-économisme, antilibéralisme
L’horreur économique de Viviane Forestier
La majorité a tous les droits ( 1981, André Laignel)

L’abandon du système actuel, économiquement nécessaire et socialement difficile, demande à être préparé. L’inquiétude devant le changement est en effet le fourrier de tous les extrémismes. Que la cause en soit interne ou externe, l’aggiornamento de la société française aura à respecter des conditions qu’il n’est pourtant pas difficile d’imaginer.

 

 Le plan de redressement

. accroître l’emploi et l’activité en réduisant le coût du travail : alléger les charges sociales, supprimer le SMIG et la RTT, diminuer les avantages faits au non-travail  ( RSA),  élever l’âge de la  retraite: ces économies jointes au progrès du PIB équilibreront les comptes sociaux
. développer massivement l’apprentissage et l’alternance
. réviser en permanence la dépense publique à la baisse suivant une trajectoire programmée.
. piloter une baisse progressive de la recette publique, une fois que l’excédent budgétaire sera revenu.
. substituer au mécanisme aveugle de la solidarité obligatoire le jeu des initiatives responsables, assurance volontaire et générosité privée. Seules les Allocations Familiales, cause nationale, émargeront au budget public.

Dans ces conditions la confiance se rétablira progressivement : l’investissement pourra repartir et la croissance revenir.

C’est un plan à mener dans la durée ( dix ans ), sans réformettes, ni demi-mesures. Rien ne se fera sans un large consensus. Le constat et le plan de redressement doivent être approuvés par les partenaires politiques et sociaux, puis soumis à l’opinion par referendum et enfin sanctuarisés dans une charte qui ait valeur constitutionnelle.
Chaque année seront publiés l’état de la nation et les orientations actualisées. Le tout sous le contrôle d’un comité des sages.

L’Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada, la Suède, les Pays Bas et le Royaume Uni se sont dotés en leur temps de telles règles du jeu La Rosière, opus cité . Elles sont toujours d’actualité. L’Allemagne l’a prouvé plus récemment.



Mise à jour le Lundi, 07 Mars 2016 09:25